
L’ASSOCIATION Jeunesse en mouvement a réussi un tour de force : réunir les trois candidats aux municipales d’Epinay-sur-Seine au même moment, derrière un seul micro. Samedi soir, Pierre Franklin-Tavares (DVG), Hervé Chevreau (MoDem) et Yannick Trigance (PS) se sont retrouvés, à 18 h 30, sur l’estrade de l’espace Ciné, pour débattre de leur programme, tous ravis de cette invitation.
« On dit tellement souvent que la politique n’intéresse pas, ce soir, on nous donne la chance de réhabiliter la politique », commente le candidat socialiste avant le débat, tandis que Pierre-Franklin Tavares salue l’élan citoyen de jeunes étudiants qui émerge depuis un an et qu’Hervé Chevreau, maire sortant, juge « l’initiative excellente, alors que l’événement n’était pas facile à organiser ».
Meetings croisés Pas facile, certes. Mais toutes les dispositions ont été prises pour que l’exercice soit réussi. Présentation vidéo avec micros-trottoirs filmés en amont des thèmes abordés (urbanisme, éducation, emploi, formation, sécurité, culture), temps de parole minuté (4 minutes par thème), un animateur courageux, l’obligation de débattre avec la salle et non entre eux. On tire à la courte-paille pour savoir qui commence. C’est Pierre-Franklin Tavares qui ouvre ainsi le bal sur le projet de rénovation urbaine.
Tout y était. Seul hic, les spectateurs étaient invités par chaque candidat, à part égale. En fait de débat, on a plutôt assisté à des meetings croisés, avec applaudissements choisis. « On aurait peut-être dû s’y prendre autrement, confie en aparté un membre de l’association. Mais on a déjà tellement eu de mal à avoir la salle qu’on n’a peut-être pas fait attention à ça. ».
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La jeunesse du 93 traîne une sale
image de violence et graine de délinquance. C’est oublier qu’à l’ombre des
projecteurs, des milliers de jeunes agissent, s’investissent, comme partout
ailleurs. Histoire de tordre le cou aux stigmatisations dont ils font les frais
et de participer à l’amélioration du vivre ensemble en Seine-Saint-Denis.
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A l’initiative de SOS Racisme et de l’association
locale Jeunesse en mouvement, un premier débat était organisé à destination des
jeunes Spinassiens fin octobre. Le but ? Discuter de sujets d’actualité et
faire émerger une voix souvent inaudible, celle des jeunes. Le sujet du jour :
l’ascenseur social.
Assis en cercle dans la salle Dumas, une vingtaine de jeunes s’interpellent, se
répondent. « Le problème se situe au lycée.
L’ascenseur social pourrait fonctionner si l’Etat était prêt à mettre les
moyens pour réduire les écarts entre les différents élèves », explique un
étudiant de HEC. »L’école elle va mettre des pansements.
Il faut casser les ghettos. A un moment donné, il faut taper du point sur la
table, tonne Julien Malaussena, membre du bureau national de SOS Racisme. La discrimination n’est pas un problème de représentation mais de
processus. »
Revaloriser les métiers manuels
La discussion est vive, les arguments tranchés. « Ce n’est pas parce qu’on a un Bac+2 que l’ascenseur social est fini. Il ne
faut pas être obsédé par les grandes écoles. Certains ont des Bac Pro et
évoluent dans la même société puis montent en grade. Moi je trouve que c’est
plus valorisant que d’avoir des diplômes », estime un des participants.
Une vision partagée par Farid Saidani, maire adjoint à la politique de la
ville. « On a dévalorisé les métiers manuels.
Faut-il amener tout le monde au sommet ? C’est un problème d’orientation. Vers
quoi on vous oriente ? Des voies bouchées. Est-ce qu’il y a des postes pour
tous à la sortie de l’ENA ? Non. Il faut trouver un équilibre entre certains
métiers. » L’élu se dévoile en racontant son parcours, comment il s’en est sorti et
comment ses enfants font encore mieux que lui. Puis il rebondit sur le thème de
l’école, le nœud du problème. « L’Education nationale
est un iceberg. On ne voit que la partie émergée. Chaque ministre essaie de
réformer, mais le corps enseignant est contre et les élèves aussi. Dans les
banlieues, l’éducation nationale n’arrive pas à répondre au problème. C’est une
politique de saupoudrage. » « Le temps marche pour
nous. Dans dix, quinze ans, on ne se posera plus la question », conclut un
jeune homme.
Une première réussie
Il est presque 22 heures. La salle se vide, mais les participants
continuent la discussion dehors dans la nuit. Les membres de Jeunesse en mouvement
proposent de se revoir dans un mois pour débattre d’un autre sujet. Pour Simona
Stoeuna, même s’il n’y avait qu’un petit nombre de personnes dans la salle,
c’est réussi. « Ils ont osé prendre la parole. » C’est déjà un
point essentiel. SOS Racisme va continuer sa tournée des villes de France pour
débattre avec les jeunes. Jeunesse en mouvement de son côté a d’autres projets
en cours.
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L’association créée en 2005 par des lycéens fourmille
de projets. Outre des débats, elle vient de mettre en place une série
d’ateliers théâtre avec des collégiens. Dans les mois à venir, Jeunesse en
mouvement (JEM) va même se doter d’une web radio.
22h vendredi 29 octobre. C’est la fin du premier débat
organisé par JEM et SOS Racisme pour libérer la parole des jeunes sur des sujets de
société à Epinay. Déjà Jeunesse en mouvement parle d’un prochain rendez-vous
avec un autre thème à explorer. L’association a plus d’une idée dans son sac.
JEM, ce sont des lycéens devenus étudiants habitant Epinay-sur-Seine. « Nous
voulions sensibiliser les jeunes à l’action citoyenne », explique Slimane Tirera le
président. Pour réaliser cet objectif, l’association a multiplié les projets :
tournoi de foot pour récolter des fonds pour l’AFM, gala de charité pour Haïti,
réunion publique au Sénat… et surtout des interviews politiques qui font
mouche. « En 2007, nous avons interviewé les candidats qui se présentaient aux
législatives, ça a super bien marché. » A tel point
que l’un des projets pour la fin d’année est de créer une radio associative. Le
financement est déjà assuré. Les podcasts sur le site internet abandonnés
depuis belle lurette vont revivre.
Des ateliers théâtre avec les collégiens
Depuis le début du mois l’association s’est lancée un autre défi : donner
des cours de théâtre à des collégiens de Jean Vigo. « Encadré par un professionnel bien sûr », précise en souriant Elien Ernst
le vice-président. Les jeunes doivent écrire une pièce traitant des problèmes
de discrimination avant de la jouer en fin d’année devant le public. « J’ai hâte de voir comment ils appréhendent le problème » , lançait
Elien quelques jours avant le début. Enfin parmi la multitude de projets de
JEM, on notera pour l’année à venir : une rencontre avec 8 jeunes anglais de la
ville de South Tyneside et une visite du parlement européen à Strasbourg.
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